Sinogrammes

Actuellement, beaucoup de gens étudient la langue chinoise à travers la planète. D’ailleurs, j’entends souvent cette phrase : mes enfants apprennent le chinois au collège ou au lycée.

Comme mentionné dans un article précédent, la grammaire et la prononciation s’avèrent compliquées. Qu’en est-il de l’écriture?

L’écriture chinoise est non seulement patrimoine culturel de l’Empire du Milieu mais également mondial. Depuis quelques milliers d’année, cette écriture se distingue par sa structure particulière de caractères qui ont évolué dans le temps. Différents styles de calligraphies y ont été formés donnant naissance à un art visuel unique au monde.

Les Français désignent souvent les caractères chinois comme des « dessins ». Mais ce ne sont pas des dessins, pourquoi pas des graffiti?

Le terme écriture se dit en chinois « wen zi ». Lorsqu’un caractère ne peut pas être décomposé, c’est un « wen » et dans l’autre cas, un « zi ». Vous comprenez donc l’écriture chinoise est un ensemble de caractères « simples » et « composés ». Les « simples » sont par exemple (appuyez sur les sinogrammes pour voir les fiches correspondant) :

                                                                                                            

Bois                                       Eau                                             Soleil                                       Pierre

et les « composés » :

                                                                                                             

Forêt                           Abondance d’eau                     Limpidité                     D’être droit et ouvert

Remarquez-vous que ces quatre « composés » sont le triple des « simples » au-dessus?

Que ce soit les « wen » ou les « zi », chaque caractère s’écrit en une forme carrée. Une différence avec les autres langues réside dans le fait que chaque caractère possède une signification à part entière. Chaque sinogramme correspond non seulement à une prononciation, c’est-à-dire une syllabe, mais aussi à une intonation !

Un terme fréquemment employé par les Français pour désigner cette écriture est idéogramme. Puisqu’un idéogramme évoque nécessairement une idée, ce qui n’est pas le cas concernant la plupart des caractères chinois, contrairement à ce que l’on croit, le vocable sinogramme semblerait plus approprié.

L’étymologie des sinogrammes se divise en six catégories : (i) pictogrammes, (ii) idéogrammes simples, (iii) idéogrammes composés, (iv) emprunts phonétiques, (v) dérivations. Mais l’écrasante majorité est représentée par des composés nommés (vi) idéophonogrammes.

Parmi les six catégories, les emprunts phonétiques et les dérivations sont les « guides d’utilisation » des sinogrammes, cependant le nombre de caractères dans ces deux catégories est figé. Les quatre autres catégories sont des « méthodes de formation/composition », il est encore possible de créer de nouveaux sinogrammes de ces catégories. Les six catégories sont le fruit étudiés effectués au Premier siècle de notre ère, ce qui n’est pas le cas des règles suivies par les Anciens lors de la création des sinogrammes.

Les pictogrammes sont la reproduction de forme naturelle des choses, comme

                                                                      

Soleil                                     Lune                                   Montagne

Un autre exemple classique :

Le premier signifie concavité et le deuxième convexité. Les deux forment un vocable utilisé pour figurer une surface irrégulière ou une route cahoteuse. N’est-ce pas probant ?

Les idéogrammes simples ont la particularité de donner une impression de familiarité au premier regard et avec un peu de réflexion, la signification du mot se comprend facilement.

Ainsi trois sinogrammes en rapport avec l’arbre

symbolise la base, la racine parce qu’un trait est sous l’arbre ;

 symbolise le bout, l’extrémité parce qu’un trait est sur l’arbre figurant le bout des branche ;

représente un arbre exubérant avec plein de branches.

Les idéogrammes composés sont, par définition, l’union de deux ou de plusieurs parties. Le sens du nouveau mot peut être interprété à partir de ses composantes.

deux pieds avec les orteils levés, ce sinogramme figure deux pieds un après l’autre semblable à une personne qui marche ;

de l’eau entre deux pieds, symbolise l’action de traverser l’élément liquide ;

l’homme  plus la parole  forme l’idée de honnêteté, de foi, de religion et de confiance.

La langue chinoise foisonne des concepts philosophiques et pétille d’intelligence, n’est-ce pas ?

Les idéophonogrammes sont la composition d’une idée, indication sémantique, et d’une phonétique. Les sinogrammes contenant  sont souvent en rapport avec les poissons. Voici quelques exemples :

est le poisson carpe. La partie gauche indique que c’est un poisson, celle de droite fournit la prononciation ;

est le carassin. La partie gauche indique que c’est un poisson, celle de droite fournit la prononciation ;

est l’anguille. La partie gauche indique que c’est un poisson, celle de droite fournit la prononciation.

Il existe des dérivations, comme deux caractères d’écritures proches et de phonétiques proches ou rythmées, l’un peut remplacer l’autre. Par exemple :

et aux écritures proches, la prononciation est dans le rythme ;

et ayant la même partie soie , la prononciation est la même à une intonation près, les deux caractères peuvent s’expliquer l’un par l’autre.

Les emprunts phonétiques sont des mots déjà existants utilisés à la place des sinogrammes non inventés.

signifie « ordre » mais sa phonétique est semblable au deuxième terme dans  « magistrat local » donc il est utilisé dans la langue écrite ;

signifie « âgé » mais sa phonétique est identique au deuxième vocable dans  « maire » donc il est utilisé dans la langue écrite ;

à l’origine, est le nom d’un fleuve. Or sa prononciation est la même que celle du pronom tu, dans la langue écrite, il est utilisé pour « tu ».

Les caractères chinois forment le plus ancien système d’écriture toujours en usage. Son emploi est géographiquement très répandu en Asie, par les Chinois évidemment comme par les Japonais, Coréens, Malaisiens, Vietnamiens et bien d’autres populations.

Leur nombre reste un sujet à débat mais les estimations oscillent entre 40 000 et 60 000. La langue chinoise courante requiert la connaissance de 3 000 à 5 000 sinogrammes.

Les caractères retranscrivent le chinois archaïque et médiéval alors que l’écriture elle-même semble liée à l’invention du fils de soie. Selon la légende, ils auraient été inventés au temps mythique de l’Empereur Jaune vers 2700 av J.C., il y a donc près de 5 000 ans. Les toutes premières inscriptions sur bronze dotées de caractères remonteraient au vingtième siècle av J.C.

La première écriture est en Ossécaille. A la fin du XIX siècle furent découvertes des inscriptions, gravées sur des os d’animaux, les plus souvent des omoplates de bovins et sur des écailles provenant de la carapace de tortue, d’où son appellation d’écriture Ossécaille. Ces inscriptions dateraient de la deuxième dynastie Shang s’étendant du XVI au X siècle av J.C. Nous retrouvons quelques milliers de caractères pour lesquels la signification peut être saisie aisément à travers la forme proche de dessin.

Lorsque le symbole ne s’interpréta plus de manière isolée, naquit peu à peu un système d’écriture. Un caractère peut être constitué en faisant sémantiquement référence à d’autres, par transformation ou par composition. C’est donc une rationalisation permettant de diminuer le nombre d’éléments constituant les graphèmes, tout en augmentant la capacité d’expression. Puis, les symboles se simplifient plus les compositions se figent.

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