Sinogrammes et calligraphies

La naissance des sinogrammes remonte à plus de six ou sept mille ans, mais les traces archéologiques dateraient de quatre mille ans. Avec le temps, l’écriture passa de simple à complexe, d’une forme carrée à une plus douce, plus ronde, plus fluide. Depuis l’antiquité, la langue écrite a été régulière. Ne servant pas uniquement à enregistrer l’histoire elle est devenue un art à part entière.

Il existe sept styles d’écritures calligraphiques : Ossécaille, Jin, Sceaux (Grand Sceau, Petit Sceau), Clérical, Kai, Xing et Herbe.

Le style Ossécaille se présente sous formes naturelles gravées sur les os d’animaux à des fins astrologiques. Datant de l’époque Shang (XVI au X siècle av J.C.), les caractères sont placés librement, contrairement aux autres styles plus stricts à ce propos. Cependant les traits sont disposés de manière régulière, la structure des caractères reste stable et fluide. La nature est reproduite fidèlement tout en conservant une réorganisation des traits afin de former une écriture.

Le style Jin est figuré par les textes gravés sur des objets comme des chaudrons ou des cloches. La majorité de ces écrits datent de l’époque de Zhou Orientaux (VIII au III siècle av. J.C.) et quelques-uns se trouvent sur des pièces de Shang (XVI au X siècle av J.C.) et de Zhou Occidentaux (XI – VIII siècle av. J.C.). Suivant l’époque, les méthodes de coulage et gravage évoluèrent, les caractères furent présentés sous des formes différentes, les traits, en fin ou en gras.

Voici un chaudron datant de la fin de Zhou occidentaux, il y a donc 2 800 ans. Il s’agit d’une pièce pour les cérémonies sacrificielles. Sur la paroi intérieure du chaudron est gravé un texte de plus de 500 caractères, le plus long parmi ceux trouvés sur plus de 7 000 objets en bronze dotés de textes gravés des dynasties Shang et Zhou que nous dénombrons aujourd’hui. L’écrit relate l’histoire véridique suivante : lorsque l’empereur Xuan de Zhou (règne 827 -782 av J.C.) arriva sur le trône, il pensa reformer le pays et nomma son oncle Seigneur Mao comme premier ministre pour l’aider. Ce dernier se consacra entièrement à sa fonction. L’empereur nomma également les membres de la famille Mao comme garde impériale et les récompensa généreusement. Seigneur Mao fit couler le chaudron et graver le texte commémorial afin de notifier ses descendants. Grâce au texte, nous pensons que la date de coulage de l’objet serait vers l’an 827 av J.C. Cet écrit reste une source archéologique particulièrement précieuse.

Le style Sceau comprend le Grand Sceau et le Petit Sceau. Le premier désigne les textes gravés sur les stèles antérieures à la dynastie Qin, les plus anciens de ce genre découverts à ce jour. Lorsque l’empereur Qin Shi Huang accéda au pouvoir après les défaits de ses rivaux politiques en 238 av J.C., il ordonna à son premier ministre d’uniformiser l’écriture. Auparavant le Grand Sceau était plus libre en termes de taille, de structure, le Petit Sceau est renommé pour sa beauté de fluidité et d’équilibre. Apprendre le Petit Sceau permet d’apprécier l’élégance de l’écriture archaïque et comprendre l’origine de l’évolution des sinogrammes. C’est donc le premier pas pour accéder à la calligraphie chinoise.

Le style Clérical répond au besoin des gens de l’époque de Qin d’accélérer la vitesse d’écriture. Il transforme les traits fluides et équilibrés du Sceau en forme plus régulière, plus carrée. Le Clérical se différencie par des traits horizontaux : le début de trait en force comme la tête du Bombyx du murier et la fin fluide comme la queue d’hirondelle (à part les Chinois, qui pourrait faire de telles comparaisons avec ces animaux ?). Par rapport au Sceau, le Clérical est plus léger, plus naturel. A partir de la dynastie Han (III siècle av J.C. au III siècle), presque tous les documents officiels sont écrits en Clérical. Les gravures sur les stèles sous Han Orientaux (202 av J.C. – 8) sont souvent de ce style mais de nombreuses variantes sont attestées.

Le style Herbe est facile à écrire. Les caractères sont proches des signes simplifiés. Nous retrouvons l’embryon de l’Herbe dans les documents sous forme de rouleaux en bambou du début des Han. Sous les Han orientaux, il devint très courant. L’écriture de l’Herbe reste changeante et libérale. Il faut seulement bien organiser la transition des traits d’un caractère au suivant. Ce style nécessite une base solide en calligraphie afin d’y accéder. En raison des traits simplifiés, le style met l’accent sur le dynamisme et la légèreté des graphes, qui constituent un critère fondamental pour l’appréciation de ses œuvres.

La forme la plus employée actuellement le Kai remonterait à la dynastie des Han. C’est le véritable style officiel figurant une évolution du Clérical, présentant une écriture à la fois uniforme et carrée. Apparaissant vers la fin du Han, c’est sous les dynasties du Nord et du Sud (420 – 589) que le style commença à être populaire atteignant son apogée sous les Tang. Le style Kai s’est perpétué jusqu’à nos jours restant la base fondamentale d’accession à la calligraphie. Une fois familier avec les traits réguliers, il est plus aisé d’apprendre les autres styles.

Les Anciens Maîtres distinguent deux types de Kai : le Kai sous les Tang et celui sous les dynasties du Nord et du Sud, parce que des différences notables s’y sont faites jour. Le premier représente la période de maturité, la structure des caractères y est plus compacte, plus développée, la force sur le pinceau y est renforcée. Les grands caractères (par rapport au carré imaginaire prévu pour chaque mot) avec peu d’aération entre eux tracés à l’aide de petits pinceaux étaient une marque de l’époque. En revanche, le Kai des dynasties du Nord et du Sud est gravé sur les stèles. Ses caractères sont plus minces et plus rigides.

Le Xing prend sa source dans le style Clérical. A la fin des Han orientaux (25 – 220) il était populaire et atteignit sous les Jin Orientaux (317 – 420) son apogée. Le Xing est entre les styles Kai et Herbe, il est plus facile à écrire que le Kai régulier et plus aisé à apprendre, plus lisible que l’Herbe libéral devenant ainsi le style le plus pratique à l’heure actuelle. Les amateurs de calligraphies accordent une grande importance à sa pratique.

L’éminent calligraphe Wang Xizhi est le représentant du Xing. L’empereur Tai Zhong de Tang adora ses œuvres et en fit une large collection, demandant même d’être enterré avec cette dernière. En raison de son choix égoïste, nous ne pouvons aujourd’hui apprécier que les reproductions.

Les caractères modernes ne peuvent utiliser qu’un nombre défini de traits, ce qui explique les différences flagrantes entre les graphies anciennes et le résultat actuel.

(Les images proviennent d’Internet)

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