La pérégrination vers l’Ouest

Après Les Trois Royaumes, je souhaiterais présenter mon ouvrage préféré parmi les « Quatre livres extraordinaires » de la littérature chinoise. Il s’agit de la Pérégrination vers l’Ouest.

Cette œuvre retrace l’expédition du moine Xuan Zang vers l’Inde, l’eldorado de l’Ouest, afin de ramener les textes authentiques de la Conscience seule permettant de retrouver les préceptes véritables du Bouddha et de les traduire en chinois.

Durant ce voyage, Xuan Zang rencontra une série de démons qui tentaient à tout prix à le dévorer afin d’obtenir l’immortalité car manger sa chair pure plongerait la vie de dix mille ans. Un grand nombre de démons fantastiques firent leur apparition : démon de l’os blanc, démon de l’araignée, princesse à l’éventail de fer, singe à six oreilles… Tout au long de son périple, le moine fut soutenu par des divinités, des immortels et des Bouddha. La Grande Miséricordieuse lui envoya quatre disciples/protecteurs : 1) un singe immortel, jadis nommé Grand saint égal du Ciel par l’Empereur de Jade (la grande souveraineté du Ciel) , et connu sous le nom de Sun Wu Kong, « Conscient-de-la-vacuité » ; 2) le petit dragon blanc, le troisième des neuf fils du roi dragon, transformé en cheval monture du moine ; 3) un cochon puni à cause de son intention d’accoster la déesse de Lune, connu sous le nom de Wu Neng, « Conscient-de-ses-capacités » ; 4) un bonze des sables, prénommé Wu Jing, « Conscient-de-la-pureté ». Les quatre personnages eurent pour mission de protéger Xuan Zang afin de racheter leurs erreurs passées qui les avaient transformés en silhouettes monstrueuses.

Série télévisée de 1986

La troupe de cinq voyageurs rencontra au total quatre-vingt-un désastres avant de ramener enfin le canon bouddhique en Chine, mais aucun démon ne réussit à goûter la chair de Xuan Zang ! Le passage le plus saisissant reste les trois rencontres avec le démon de l’os blanc. Celui-ci se transforma successivement en une jeune femme, la mère de cette dernière puis son père. A trois reprises, le personnage tenta de gagner la confiance et la compassion du moine extrêmement miséricordieux afin de s’en approcher. Malgré ses apparences illusoires, le singe immortel sut reconnaitre la vraie nature du démon et l’empêcha de réaliser ses desseins en le frappant. Lors des deux premières rencontres, le moine persuadé du sort tragique de la jeune femme et de sa mère voulut renvoyer le singe « assassin » mais finalement le garda sur les conseils des autres disciples. Le démon, en effet, s’enfuit en laissant croire que les personnages de sa transformation mouraient. L’ultime fois, le démon élabora un faux message du Ciel ordonnant le renvoi du disciple. Le bonze ne sut pas distinguer le stratagème et tomba dans le piège. Le singe réussit malgré tout à éliminer le démon avant de quitter (temporairement) ses compagnons. Evidemment sans sa protection, ces derniers se trouvèrent de nouveau dans des situations précaires et son retour s’avéra plus qu’indispensable…

La Pérégrination vers l’Ouest est sans doute le roman fantastique le plus extravagant jamais été écrit. Si l’œuvre date du XVème siècle durant les dynasties de Ming tandis que le voyage réel se situerait au VIIème siècle. Le texte ancien original restant difficile à comprendre, l’adaptation en séries télévisées au début des années 80 fut un grand succès. La population chinoise voire asiatique ne se lasse jamais de revoir les vingt-huit épisodes. Chaque été pendant les vacances scolaires, la série passe sur plusieurs chaines de télévision simultanément.

Certains critiques littéraires défendent la théorie selon laquelle l’atmosphère de la société Ming caractérisée par l’avidité, la trahison, l’égoïsme est reproduite à travers le récit dans la vision de l’entourage des démons. D’autres parlent d’une représentation subtile des idéologies bouddhistes, taoïstes et confucianistes. Peu importe l’âge, chacun trouve son plaisir dans l’ouvrage, raison de son succès si prestigieuse. Tout le monde traverse cet âge tendre durant lequel les personnages extravagants et les scènes de Gong fu impressionnantes nous émotionnent si fortement. Néanmoins, avec le temps, une question me revient sans cesse : finalement, d’où vient l’idée d’écrire un tel livre? Les démons restent-ils seulement des personnages imaginaires sous les Ming? Si nous y réfléchissons bien, qui n’a jamais eu un patron sympathique et attentif aux premiers abords devenant, après avoir décelé un de nos points faibles, un véritable démon goûtant notre sang et notre chair ? Vous avez peut-être connu un ami criant misère. Mais une fois la somme de votre prêt en poche, n’a-t-il pas cessé d’acquérir des biens onéreux ou voyager dans des pays lointains, remboursement restant loin d’être à l’ordre du jour ?

En vérité, chacun entre nous effectue, toute la vie durant, un périple vers ce « paradis de l’Ouest ». Rencontrant les démons les uns après les autres nous tentons de combattre avec ou sans l’aide des « bouddhas », « des divinités » ou « des disciples fidèles ».

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