C’est du chinois…mais lequel ?

En Chine nous avons sept langues principales. Le dialecte que nous parlons dans ma ville natale Guiyang dans le Sud-Ouest fait partie de la famille du mandarin. En se déplaçant de dix kilomètres au sein de la ville, nous risquons de mal nous comprendre, l’accent et les expressions ne sont pas tout à fait semblables. D’autant plus que treize parmi les cinquante-cinq ethnies y résident, chacune possédant sa propre langue, ses habits traditionnels voire son écriture, tout cela complique encore plus la communication. Personnellement je ne comprends pas un mot des langues des ethnies même après les avoir côtoyées quotidiennement pendant plus de dix-huit ans.

Après mon départ de Chine, mes parents à la retraite ont acquis un appartement à Canton dans lequel ils demeurent huit mois par an environ en automne et en hiver. J’ai atterri en 2004 pour la première fois à Canton. Je crois bien que c’est l’unique région chinoise où dans le bus, à la télévision le dialecte est utilisé. Les Cantonais possèdent même quelques sinogrammes non existants en langue écrite conventionnelle. Du coup je me suis demandé si j’étais bien dans mon pays ou à l’étranger?

Le mandarin utilisé à la télévision, donc l’officiel, comporte quatre intonations différentes, peu aisées à maitriser, même pour des Chinois, or le cantonais en détient neuf. Cette langue est donc littéralement « du chinois » pour moi. Ainsi je me trompe d’arrêt de bus, faire des courses s’avère un exercice risqué. Mais pourquoi donc? Parce que le chiffre 1 se prononce « yi » en mandarin or ce même « yi » signifie le chiffre 2 en cantonais. Je vous laisse imaginer la situation lorsque je voulais acheter un kilo de fruits je me trouvais avec deux… Le langage gestuel reste préférable. A Shanghai, quasiment la même chose, je devine vaguement quelques mots.

Après ces anecdotes, revenons aux choses sérieuses : combien de langues chinoises existe-t-il ? Plus de cent trente langues parlées et trente langues écrites. Impressionnant, non ?

Une expression, « Nan qiang bei diao » signifiant l’accent du Sud et l’air du Nord, est largement employée. Cette formule était utilisée, à l’origine, pour décrire l’accent différent dans les théâtres du Sud et du Nord. Maintenant elle désigne un Chinois ne parlant pas correctement le mandarin, phénomène loin d’être rare dans ce vaste pays.

Parmi les sept langues principales, seul le mandarin est la langue employée dans l’immense partie du Nord, les trois quarts des Chinois parlant un de ses différents dialectes. Le peuple Han, représentant à 91,51% de la population totale, utilise le mandarin, certaines ethnies également. Les six autres langues : le cantonais, le gan, le ke,  le min, le xiang, le wu sont toutes parlées au Sud, notamment dans la partie côtière au Sud-Est.

Comment expliquer ce phénomène de disparité ? La différence de la langue vernaculaire utilisée d’une région à une autre dépend essentiellement de la proportion d’immigrants formant la population. Moins les gens changent de lieu de résidence, moins répandue sera leur langue.nouveau-regard-sur-la-chine

A titre d’exemple, dans la région de Sichuan, l’homogénéité des langues parlées est moindre que dans les régions du Nord-Est et du Nord-Ouest, mais la communication entre les habitants des différentes villes ne pose pas de problème.

En effet pendant la révolte populaire du milieu de XVIIème siècle, les natifs du Sichuan ont été éradiqués durant un carnage. Les habitants actuels sont ainsi les descendants des immigrants après l’installation par les Mandchous de la dynastie Qing, il y a donc trois cents ans.

Jusqu’à l’époque contemporaine, la société chinoise, au Nord comme au Sud, vivait majoritairement d’agriculture. Le commerce était développé dans peu de régions, celui du Nord restant plus important que celui du Sud. Mais étant le moteur de l’immigration, cette dernière fut plus conséquente au Sud du pays. Théoriquement nous devrions nous attendre à avoir plus de langues parlées au Nord qu’au Sud. Or nous constatons le contraire. La seule explication réside dans le fait que les habitants du Nord venaient historiquement d’ailleurs. Ainsi les dialectes parlés au Nord-Est sont très proches entre eux parce que les habitants sont essentiellement des immigrants provenant de la plaine du Nord installés vers la fin de la dynastie Qing, c’est-à-dire, le début du XXème siècle.

Dans les provinces du Nord-Ouest comme Gansu, Ningxia, Mongolie intérieure, Xinjiang où vivent principalement des ethnies, le mandarin domine, le peuple Han y a fait son apparition encore plus tardivement que les deux cas ci-dessus, vers les années 1950.

Dans ces trois exemples, nous constatons clairement le rationnel entre l’homogénéité des langues parlées et la période du phénomène d’immigration.

Un point intéressant à relever : à Hangzhou non loin de Shanghai, la langue parlée n’a rien à voir avec celles des villes voisines. L’influence du mandarin y est palpable car cette cité était l’ancienne capitale de la dynastie Song du Sud (1127-1279 de notre ère).

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